Ensemble nous avons marché pour le climat, et après?

 

Monsieur Hulot, votre appel a été entendu. Ce week-end, la société civile était dans la rue. Parions que dans la rue, il y avait des chefs d’entreprise présents, mobilisés comme citoyens et que demain les entreprises seront aussi présentes à nos côtés. Et après-demain les politiques n’auront pas d’autres choix que d’intégrer le changement sociétal voulu, « en marche ».

 

J’accompagne les entreprises dans la mise en place de leur plan de transformation pour que la stratégie de développement durable s’intègre à leur stratégie globale et ne fassent qu’une. Sur le terrain, j’observe qu’il faut en général plusieurs années pour que l’organisation et l’outil de travail changent, que les mentalités évoluent et intègrent pleinement le modèle promu par la norme ISO 26000 pour une organisation durable.

Vous avez raison, aujourd’hui on ne peut plus se permettre d’attendre et la conversion de notre système capitaliste vers une économie plus durable doit se faire maintenant. Les entreprises doivent prendre leur part au changement de société. Elles doivent le faire coûte que coûte et dès maintenant, il en va de leur survie. Les ressources pétrolières dont elles sont dépendantes s’effondrent et leur prix grimpent, les ressources minérales s’épuisent. Il nous reste 12 années de terbium, 22 années de plomb, 31 années de cuivre et 79 années de fer (source : US Geological Survey). Si elles n’intègrent pas ces données et ne changent pas leurs outils de production aujourd’hui, l’avenir se fera sans elles.

Aujourd’hui la France était dans la rue pour exhorter le changement à l’ensemble des dirigeants. Chaque partie prenante est impliquée, le politique, les grandes institutions bancaires, les entreprises, le citoyen.

Votre discours a coïncidé avec deux conférences qui se sont tenues cette semaine, le Forum Convergences sur le thème « FAIRE société  ensemble», et La Convention Lucie, « Demain, la Rupture avec ou sans vous ? ». Je vais partager quelques témoignages inspirants, bouleversants, entendus cette semaine d’acteurs déterminés, Prix Nobel de la Paix, politique, chefs d’entreprises, juristes, acteurs engagés de la société civile qui constatent que le système actuel ne peut plus fonctionner et œuvrent au quotidien pour une économie durable.

  • Muhammad Yunnus Forum ConvergencesLe constat – Muhammad Yunnus  au Forum Convergences « La pire chose que notre système ait construit est le système capitaliste et sa concentration de richesses (…)  Le système bancaire n’est pas socialement responsable. Nous allons dans la mauvaise direction (…) c’est obscène et cela ne peut pas continuer » Quel système voulons-nous ? »
  • L’invitation de Alissa Pelatan de la European Social Entreprise Law Association à amender la loi PACTE Pour sortir de la communication de façade de mesurettes de développement durable masquant l’absence de stratégie pertinente de développement durable ancré dans le leur business model.

Les parlementaires ont en ce moment sur leur pupitre la Loi PACTE à l’étude. En l’état, la loi ne changera rien. Exigeons le changement. Alissa Pelatan de la European Social Entreprise Law Association nous le rappelait cette semaine au même congrès, « La loi PACTE va-t-elle changer de manière spectaculaire l’entreprise pour l’adapter au monde du 21e siècle ? Non, le cadre juridique permet déjà d’inclure les enjeux sociaux et environnementaux. La loi PACTE ne va pas assez loin ». On ne peut pas évaluer le comportement d’une entreprise sur une simple déclaration d’intention. Il faut distinguer les entreprises à impact positif de celles qui font d’une greenwashing, en exigeant une mesure de leurs impacts.  Accroître les exigences – fort du constat de l’incompatibilité de notre modèle économique avec la société que nous voulons construisons demain,  les entreprises ne devraient-elles pas à minima s’engager dans une démarche ISO26000  et être contraintes économiquement pour les externalités négatives qu’elles engendrent ?

  • Maxime de Rostolan créateur de Blue Bees et de Fermes d’avenir témoignait dans ce sens illustrant l’ensemble des externalités des fermes, avec la notion de triple capital : le capital financier intégrant les performances économiques mais aussi les performances agronomiques, mais également le capital social et humain à travers l’emploi, les formations, l’impact sur la santé et l’alimentation engendré par l’activité, et enfin le capital naturel avec le bénéfice (ou perte) écologique généré.

 

  • Gauthier Chapelle, chercheur et auteurs de nombreux ouvrages sur la collapsologie, a dressé le constat de notre dépendance aux énergies fossiles et aux ressources fossiles et a témoigné de  l’importance de s’engager dans de nouvelles voies dès maintenant face à ces constats scientifiques. Et, Frederic Bardeau de Simplon évoquait son engagement pour l’insertion par le numérique envers les plus démunis, les plus isolés dans les zones rurales et les femmes auprès de qui l’accès au numérique n’est pas favorisé.

Le constat est là, l’accroissement des inégalités est prégnant générant des conséquences environnementales, sociales et sociétales sans précédent. Mais cette société anthropocène est-elle irrévocable ? Non, place à l’action, à la mobilisation et au changement.

L’engouement de la rue partout en France aujourd’hui illustre le désir d’action et de changement et enjoint les politiques de changer de paradigme. Oui, un nouveau modèle économique est attendu. Oui, la rupture est inévitable. Oui, il faut œuvrer maintenant, ensemble, pour le bien être et le bien commun.

Non, le citoyen n’est pas impuissant, non, ne soyons pas désabusés mais unis. Gauthier Chapelle nous rappelait cette semaine les mots de Denis Meadows (l’auteur du rapport the limits to growth -présenté au Club de Rome en 1972 et qui inspira le Rapport Gro Bruntland à l’origine de la définition du développement durable) : « il faut préparer « les îlots de résilience ».

La société civile est prête au changement et l’a déjà pour beaucoup intégré. Plus de deux millions de français travaillent dans l’économie sociale et solidaire. De nombreuses entreprises sont activement engagées dans une stratégie de Responsabilité sociétale des Entreprises (RSE), soit le développement durable appliqué aux entreprises.

Oui, le projet de société promu par les politiques est encore calé sur un schéma du 20e siècle de l’après-guerre promouvant une agriculture chimique, intensive et mortifère, louant le Dieu argent et la Mère Croissance comme uniques valeurs de société. N’exigeons le changement maintenant, faisons-le,  Gandhi disait « Be the change you wish to see in the world » Maintenant dans nos entreprises, dans nos actes d’achats, dans les valeurs que nous enseignons à nos enfants, redonnons du sens à nos actes.

Au travail, arrêtons le cynisme et place à l’action. Soutenons, aidons les équipes qui promeuvent le développement durable pour qu’il soit pleinement intégré dans la stratégie globale, demandons à y être associée, direction et salarié, à bord, autour d’une même feuille de route commune et publiée. Et si la stratégie de développement durable qu’on vous vend est tiède, alors indignez-vous et reformez-la.

Dans les écoles de nos enfants, aidons les enseignants à monter des manifestations autour de la préservation de la planète. Faisons de la Journée internationale de la Terre une journée de fête au sein des écoles autour d’ateliers de nettoyage, de sensibilisation à la slow food ? Promouvant le bio, le local et le frais dans les cantines, demandons la végétalisation des cours d’école et la mise en place de potagers.

Dans nos actes d’achats, réfléchissons bien avant de rentrer dans les enseignes de fast fashion. Veut-on vraiment cautionner ce commerce international made in Bangladesh qui exploite les plus démunis et n’indemnise toujours pas les victimes du Rhana Plaza qui avait plus de 1000 morts dans l’effondrement d’un bâtiment de sous-traitants textiles ?  Veut-on complètement anéantir les sols de Bretagne, en continuant toujours et toujours à consommer du jambon avec les conditions d’élevage et d’abattage des porcs actuelles et les désastres écologiques que cette production absurde engendre ? 

Il est temps de se pencher des étiquettes des produits que nous consommons. Les lobbys de l’agroalimentaire obstruent l’adoption du Nutriscore  soyons plus malin. Changeons nos pratiques alimentaires. Instruisons-nous. Echangeons. Soutenons les petites producteurs, l’agriculture locale et de saison.

Enfin, votons. Nous avons le pouvoir des urnes. Chaque voix compte ! Bientôt nous pourrons appuyer notre engagement symbolique de la marche pour la planète dans les urnes en votant pour le prochain Parlement Européen, votons en conscience et avec nos cœurs pour le projet qui promeut l’environnement et la réforme de notre économie.

Ne passons pas à côté de cette opportunité, quelle que soit notre idéologie sur le fonctionnement des institutions européennes. Monsieur Hulot vous nous l’avez rappelé le poids des lobbys est trop important, nous devons faire entendre cet appel. L’avenir de la planète doit être le combat de tous à l’échelle planétaire. Notre pouvoir de citoyen est de nous exprimer, et de témoigner de la même conviction sur le bitume que dans les urnes. Promis, Monsieur Hulot, cette fois nous serons consistants !

 

Pour aller plus loin :

Sur l’ISO26000 : https://bonsensconseil.fr/2018/04/23/pourquoi-promouvoir-la-norme-iso-26000-dans-lentreprise/

Petit traité de résilience locale  de Agnès Sinaï – Raphaël Stevens- Hugo Carton et Pablo Servigne

 Nutriscore :  https://www.wedemain.fr/Combattu-par-le-lobby-agroalimentaire-le-label-Nutri-score-arrive-au-supermarche_a3059.html

Et restons optimistes la résistance s’organise à l’international pour défendre les institutions contre inanités de leur président  : article du New York Times du 05/09/2018

Quelques initiatives inspirantes :

http://camif.fr

 https://bluebees.fr/fr/-

 https://simplon.co/-

www.lita.co

 

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